Entre vertus, idées reçues... et gros soucis
Le mot aphrodisiaque vient du grec
aphrodisiakos, du nom de la déesse de la beauté
et de l'amour Aphrodite. Dans les civilisations les
plus anciennes (Egypte, Sumer, Grèce Antique,
Rome...) on rapporte les propriétés de
substances aphrodisiaques d'origine naturelle issues
du monde animal ou végétal. Leur but:
amplifier le désir, accroître les capacités
sexuelles (tonus, forme, capacités érectiles)
et le plaisir. Dernièrement, le Viagra n'a pas
entamé leur réputation... Sur le Net,
de plus en plus de sites leur sont consacrés.
Une étude récente réalisée
par des étudiants canadiens montre même
que 78% des hommes et 68% des femmes y ont parfois recours.
Entre vertus de ces substances, idées reçues
et gros soucis, comment s'y retrouver ?
Il n'existe pas de liste exhaustive des aphrodisiaques
naturels. Ils sont présents sur tous les continents
et sous les formes les plus diverses.De nombreux aliments
courants, par exemple, ont des vertus aphrodisiaques
(anti-fatigue, relaxante, dépurative etc.). On
les trouve chez le marchand de légumes! Citons
l'ail, l'asperge ("alors qu'un excès de
pain fait grossir les seins, un excès d'asperge
fait grandir la verge" Martin Baud, poète
suisse), le café, le céleri, le chocolat,
le clou de girofle, la verveine, le jaune d'oeuf, la
menthe, la moutarde, la réglisse, la vanille...
et la coquine sarriette, interdite de jardin dans les
monastères du Moyen Age. Autant d'aphrodisiaques
surprenants de simplicité, cités dans
69 aphrodisiaques, Odile et Philippe Verdier, Editions
du Rocher, 1999. Au rang de ceux-ci, la palme revient
au céleri, au fenouil, à la truffe, aux
huîtres et au gingembre. Riches en vitamines,
ils contribuent aussi à une alimentation saine
nécessaire à une bonne activité
sexuelle. Il serait donc dommage de se priver... Le
très célèbre ginseng qu'on trouve
en pharmacie est lui recommandé par Michel Pierre,
directeur de l'Herboristerie du Palais Royal à
Paris. "Son action anti-fatigue et anti-stress
agit sur l'état général de la personne,
et peut donc contribuer à améliorer ses
performances sexuelles"explique-t-il. Consommé
en poudre ou en comprimés, il nécessite
toutefois une cure longue et régulière
pour être efficace. Dans tous les cas, toujours
consulter son médecin traitant avant de se lancer
dans une telle cure pour ne pas risquer d'en faire une
overdose.Kurt Hostettmann, docteur ès sciences,
chercheur à l'institut de l'université
de Lausanne et auteur de Tout savoir sur les aphrodisiaques
naturels (Edition Favre, 1999) mentionne l'existence
d'aphrodisiaques par voie externe, pouvant "provoquer
une stimulation voire une excitation locale". Il
cite notamment l'huile de jojoba, "particulièrement
indiquée pour les massages des organes génitaux
de la femme et de l'homme car c'est un bon lubrifiant",
l'huile d'ylang ylang "utilisée en aromathérapie
car son odeur stimule le désir sexuel",
et l'huile de rose ou de jasmin qui "interviennent
dans les constituants des préparations destinées
aux massages érotiques." Ces produits se
trouvent notamment dans certaines herboristeries et
magasins érotiques.
Artillerie lourde
"Une érection rapide due à un effet
de vasodilatation n'est induite que par un nombre très
limité de ces aphrodisiaques" explique Kurt
Hostettmann. "Il s'agit de l'yohimbine, un alcaloïde
issu de l'écorce de tronc de divers arbres africains
(dont le Yohimbe, ndlr), de la mouche espagnole (en
fait un scarabée, ndlr) ou cantharide, et de
la papavérine, un alcaloïde du pavot somnifère".
- L'yohimbine est l'un des traitements proposés
en France contre l'impuissance masculine. Pour l'acheter,
il faut une ordonnance, "ce qui est entièrement
justifié au vu des effets secondaires que cette
substance peut engendrer (...): érections douloureuses,
modifications du rythme cardiaque, nausées, sueurs,
voire priapisme (une érection de longue durée
et douloureuse, voire irréversible, ndlr)"
explique le professeur Hostettmann. L'yohimbine est
remboursé par la sécurité sociale
à hauteur de 35%. - La papavérine est
utilisée par injection sous-cutanée à
la base du pénis directement dans le corps caverneux.
"Une étude réalisée aux Etats-Unis
sur 400 hommes a révélé que 17%
des patients avaient tendance à développer
une crise de priaprisme" indique notre professeur
suisse. Seul un médecin peut prescrire ce produit.-
La cantharide, dont la substance active se nomme cantharidine
(0,5 à 1% de l'insecte séché),
entrerait dans la composition de nombreux cocktails
aphrodisiaques vendus sur l'Internet... et ailleurs.
Ce produit est très dangereux et peut
être mortel
"La consommation régulière de ce
produit, même à dose très faible,
a de graves effets secondaires: irritation de l'urètre,
troubles gastro-intestinaux sévères, néphrites"
(maladies inflammatoires et douloureuses des reins).
Chez les femmes, un surdosage provoque des douleurs
abdominales et des saignements vaginaux. Chez les hommes,
il entraîne "une érection irréversible
qui nécessitera une intervention du médecin
(ponction du pénis) " précise Kurt
Hostettmann. L'intoxication peut être mortelle
en 24 heures. "C'est aussi un produit cancérigène
chez l'animal, précise-t-on au centre antipoison
Fernand Vidal de Paris. Est-il utile de préciser
que ce produit n'est pas en vente en pharmacie? Attention
donc aux produits achetés à la sauvette
ou sur le Net.Pour résumer, et pour rester en
bonne santé, mieux vaut consulter un médecin
avant toute prise de produits dits "aphrodisiaques".
Méfiance avec les produits achetés à
l'aveuglette dans les sex-shops, sur l'Internet ou sur
des marchés exotiques. Pourquoi alimenter les
statistiques de ces métropolitains en vacances
aux Antilles rapatriés d'urgence en France pour
cause de crise de priapisme après une overdose
de "bois-bandé"?
Fausses signatures
Enfin, de même qu'il n'existe aucune préparation
miracle pour allonger le pénis, beaucoup d'aphrodisiaques
ne le sont que de réputation. Ainsi, ni les cornes
de rhinocéros, ni le pénis de tigre ne
possèdent de pouvoirs... sinon celui d'alimenter
les fantasmes délirants et de conduire à
l'extinction de ces deux espèces. Même
constat pour l'orchidée. D'après Kurt
Hostettman, les légendes entourant certaines
substances viendrait de la "doctrine des signatures"
élaborée au 16e siècle par le médecin
et alchimiste suisse Paralcese. Selon cette théorie,
"les propriétés curatives ou magiques
d'une plante peuvent être décelées
dans sa forme". C'est ainsi que des plantes à
formes suggestives, comme l'orchidée ou le coco-fesse,
ont hérité de vertus aphrodisiaques imaginaires.
Source:- http://fr.bluewin.ch/divertissements/index.php
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